L’écriture d’Annabelle Dupret — historienne de l’art, chercheuse, critique et éditrice (notamment fondatrice des éditions et de la revue OR BOR) — se distingue par une approche profondément ancrée dans l’alternative, l’expérimentation et l’exploration des marges. Lorsqu’elle analyse les arts graphiques et l’art brut contemporain (à travers des revues comme Flux News ou Du9), son style se caractérise par plusieurs traits fondamentaux : [1, 2, 3, 4, 5]
Plutôt que d’adopter une posture théorique descendante et distanciée, Annabelle Dupret privilégie une écriture de la rencontre et du dialogue. Ses articles prennent très souvent la forme de conversations directes avec les auteurs. Son style d’interrogation et de restitution cherche à faire émerger la parole de l’artiste ou du commissaire de manière brute et authentique, s’effaçant derrière son sujet pour laisser s’exprimer la démarche de création. [1, 3, 4]
Son écriture cherche à traduire ce Jean-Paul Gavard-Peret a nommé l’ébranlement du regard et les poussées de l’imaginaire. Face à des œuvres qui échappent aux normes académiques, sa plume refuse la tiédeur ou le simple catalogue descriptif. Elle emploie un vocabulaire dynamique et sensoriel pour rendre compte du choc esthétique, qualifiant par exemple les univers graphiques de territoires d’« incandescences », de « bouillonnement » ou d’« effervescence ». [1, 4, 6]
Annabelle Dupret a développé une véritable rhétorique autour des créateurs atypiques, qu’elle désigne affectueusement ou conceptuellement comme des « monstres de l’art », des « irréguliers » ou des « inclassables ». Son écriture se focalise sur la notion d’écart. Elle s’attache à décortiquer comment l’art brut contemporain et les littératures graphiques alternatives s’asseyent sur les conventions de l’art classique ou de la bande dessinée traditionnelle. [3, 6, 7]
En tant que spécialiste des arts graphiques, son analyse textuelle descend au cœur du faire et de la technique. Elle excelle à décrire : [4]
- Les processus d’accumulation et de sélection (comme les techniques de cut-up, de collages, ou l’utilisation de photocopies).
- La science de la couleur et la tension entre le tracé (parfois qualifié de sinueux, rapide ou trivial) et la narration.
- Le passage de la feuille volante au format imprimé (le livre, le fanzine ou l’affiche). [4, 7, 8]
Liée au format de sa revue OR BOR (conçue sur une seule feuille imprimée recto-verso), son écriture critique s’est pliée à une contrainte de densité extrême. Ses textes d’analyse font souvent autour de 3500 signes. Cette contrainte l’oblige à aller à l’essentiel, produisant une écriture nerveuse, percutante, sans fioritures institutionnelles, où chaque mot doit immédiatement faire image ou concept. [7]
L’écriture d’Annabelle Dupret est une écriture de prospection et de complicité. Elle n’enferme pas l’art brut contemporain dans des cases cliniques ou sociologiques rigides ; elle utilise au contraire le texte comme un prolongement plastique des œuvres graphiques qu’elle défend, visant une forme d’« exclusivité pour tous » qui bouscule les codes de la critique d’art traditionnelle. [1, 3, 7]
[1] https://bela.be
[2] https://orbor.be
[5] https://christianberst.com
[6] https://editeurssinguliers.be
[7] https://orbor.wordpress.com
[8] https://orbor.wordpress.com














